A JRADA MALHA, FINE KOUNTI SARHA… HISTOIRE ET ORIGINES

A JRADA MALHA, FINE KOUNTI SARHA... HISTOIRE ET ORIGINES

En plein mois de Ramadan à Marrakech, la reine Lalla Messaouda, mère du Sultan Moulay Ahmed Al Mansour Addahbi, était à la recherche d’un peu de fraîcheur. Un jour, alors qu’elle se promenait dans les jardins luxuriants de la Menara, elle allait devenir l’heroïne de la célèbre comptine A Jrada Malha..

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Aux terribles Almoravides et aux sectaires Almohades, succédèrent les brillants et savants Mérinides qui marquèrent leur époque par ces fabuleuses Médersas où l’art et le savoir se partageaient avec l’occident et où le style architectural, est resté à ce jour, inégalé. Après une longue période de troubles et après un court intermède occupé par les Wattassides, une nouvelle dynastie, portée par des chorfas de Tamegrout dans la région de Zagora,vit le jour dans le Draâ. C’était les Saadiens

Touda Alias Messaouda

La princesse Lalla Messaouda, femme de Sultan et future mère du Sultan Moulay Ahmed Al Mansour Addahbi Saadi, était connue également sous le nom de Touda Ouazguitiya, fille du cheikh Ahmed Ben Abdallah Al Ouazguiti Al Ouarzazi, émir de la Casbah de Taourirt et des tribus environnantes. Celui là même qui apporta toute l’aide nécessaire à Mohammed Ech-Cheikh pour accéder au pouvoir et rallier les troupes du Souss et de Draa.

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Lalla Messaouda (alias Salha) et son fils le sultan Moulay Ahmed El Mansour Eddahbi

Touda donna trois fils au Sultan Saadien. Elle avait cependant une nette préférence pour Moulay Ahmed, le petit dernier qu’elle jugeait, malgré les réticences de son père, comme étant le plus apte à prendre les rênes de la nouvelle dynastie. À la mort de Mohammed Ech-Cheikh, c’est son fils Abdallah el-Ghalib qui lui succéda. Touda, la mère d’Abd al-Malik et de Moulay Ahmed, eut peur de la vengeance de leur frère, devenu incontrôlable car craignant d’être dépossédé de son titre, fit tout pour les éloigner. Les jeunes hommes restèrent de longues années chez les Ottomans, jusqu’à ce que le Sultan Selim, fils de Soliman le Magnifique attribue à Abd al-Malik toute une armée qui l’aida à reconquérir le trône.

Renversé par Abd al-Malik, lors de la bataille d’al-Rukn, Abdallah el-Ghalib se réfugia au Portugal et demanda l’aide au roi Sébastien Ier.
Celui-ci entreprit une expédition avec le prince déchu, sous forme d’une croisade. Sébastien et Abdallah se heurtèrent à l’armée d’Abd al-Malik, soutenue par les troupes ottomanes, à Oued al-Makhazine, près de Ksar el-Kébir, dans l’actuelle province de Larache. Ceci eut lieu en l’an de grâce 1578 de notre ère…

La bataille de Oued Al Makhazine

Plus connue dans l’histoire du Maroc sous le nom de la «bataille des Trois Rois», elle tourna à l’avantage d’Abd al-Malik et de ses contingents, même s’il y trouva la mort, sans doute empoisonné par les turcs, ses alliés, qui voulaient ainsi se débarrasser de lui, comme ils le firent avec son père, afin de mettre la main sur le royaume du Maroc. La bataille, comme on le sait, fut un désastre pour l’armée portugaise. Sébastien Ier et le Sultan déchu. Tout comme le Sultan Abd al-Malik, Abdellah et Sebastien y trouvèrent également la mort. Ne demeura vivant au cours de cette terrible journée que le jeune frère d’Abd al-Malik, Moulay Ahmed qui se fit proclamer Sultan et prit le titre d’Al Mansour…

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Après sa victoire à la bataille de l’Oued Al Makhazine, le Sultan Moulay Ahmed al-Mansour Saadi, fit écorcher son oncle, Abdallah el-Ghalib retrouvé noyé et fit promener sa dépouille gonflée d’air parmi son armée, en guise de vengeance…

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Et c’est à cette époque que Touda retrouva son fils adoré. Elle passa les dernières années de sa vie à construire des mosquées, notamment celle qui se trouve près de Bab Doukkala, à Marrakech, s’occupant des pauvres et des orphelins et faisant beaucoup de bien autour d’elle, ne cherchant, comme jadis, qu’à se faire pardonner un impair qu’elle avait commis…

Pêché gourmand

Alors que Touda était enceinte de Moulay Ahmed, sa fin de grossesse coïncidait avec le Ramadan durant les grandes chaleurs de la ville ocre. Un jour, elle décida de se rendre en compagnie de sa suite et de ses esclaves au jardin de la Menara. Ce jardin luxuriant, rempli d’arbres fruitiers, de grenadiers, d’orangers, de pruniers, d’oliviers, d’amandiers, de raisins, et de tout ce que la nature avait offert à cette terre sainte.

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Durant cette N’zaha dans cette flore luxuriante, elle eut soudain envie de manger un de ces fruits qui pendaient avec nonchalance dans ce  jardin d’Eden. Elle essaya de se contenir durant un moment mais ne pouvant plus refréner sa pulsion, elle se dirigea vers une clairière et demanda à ce qu’on lui apportât une grenade et quelques prunes. Ses esclaves s’exécutèrent rapidement et dans un geste vif, Touda ordonna qu’on lui épluchât ces fruits qu’elle se mit alors à déguster goulûment, devant les yeux à la fois ébahis et compréhensifs, de sa suite.

Bien que les femmes enceintes avaient le droit de manger durant le mois sacré, Touda se rendit compte de sa méprise envers sa suite. Elle qui était extrêmement pieuse et pratiquante, la voici devenue vulnérable, profitant de sa situation de future mère, pour assouvir une égoïste envie,. Même si la loi coranique le permettait,  ses préceptes religieux imposaient, en cas de grossesse ou de maladie, l’abstinence en public. D’un geste vif, elle se leva, renversa le bol de fruits et intima l’ordre à sa suite de rentrer au Palais.

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Elle passa ensuite des journées entières à prier et à faire de l’aumône pour se faire pardonne de cet acte qu’elle jugeait être un péché impardonnable. Très vite, toute la ville apprit ce qui s’était passé au Jardin et on commença à surnommer la Reine Touda par Salha (la bienfaitrice). Ainsi on prit l’habitude de nommer le jardin de la Menara J’nane Salha (jardin de la bienfaitrice).

Plus tard, les enfants prirent plaisir à fredonner cette jolie comptine en mémoire de la Reine Touda, la Salha de Marrakech :

A J’rada Malha,
Fine Kounti Sarha
Fi J’nane Salha
Ach Kliti ouach Chrebti
Ghir Teffah ou Neffah
Ou Lhakma biddik ya L’Qadi ya Bou Meftah…

آجــــــرادة مـــالــحــــــــــــــــــة….فـــــيـن كــــــنــتــي ســـارحـــــة
فــي جــــنــــان الـصــــالــحــة
آش كــلــيــتــي آش شـــربــتــي
غـــيـــر تــفــــــاح والــــنـــفـــاح والــــحــــكــــمــــة بـــإيـــديــــك
يــــا الـــقــــاضـــي يــــابـــومـــــفـــتـــاح…

A Jrada Malha

Cette comptine que fredonnaient les mamans,faisait le bonheur de leur petits. Issue d’une histoire de l’imaginaire populaire marocain, elle racontait les péripéties de Aqissa, une méchante sorcière, qui par une immense et inexplicable jalousie, avait fini par kidnapper les enfants de la belle Salha et s’était enfuie dans une autre tribu. Salha en éprouva un terrible chagrin, ne sachant pas si un jour elle pourrait revoir ses enfants.

Suite à de multiples péripéties, Aqissa atterrit dans une tribu où officiait un grand Qadi dit Bou Meftah. Il était également un grand sorcier mais qui agissait uniquement pour faire le bien.

Comme à son habitude, Aqissa sema le trouble et la zizanie parmi la population de cette tribu qui en vint à se quereller, mettant en branle la douce quiétude qui y régnait depuis toujours… Informé par cette zizanie, le Qadi convoqua Aqissa et parvint, grâce à sa science occulte, à démêler cette histoire et à confondre la terrible sorcière. Aqissa avoua son forfait et le Qadi put rendre à la belle Salha ses enfants chéris…

En guise de punition, le Qadi transforma Aqissa en sauterelle (Jrada), à sa demande, pesant qu’elle pourrait ainsi revenir dévaster les champs et les cultures et assouvir sa sombre et terrible vengeance contre la belle Salha.

Effectivement, quelques jours après, un immense nuage noir couvrit le ciel, des millions de sauterelles foncèrent droit vers Marrakech pour dévaster les jardins de la belle Salha. Mais ces sauterelles ne purent manger aucun fruit du jardin puisqu’ils étaient protégés contre les méfaits de la vilaine sauterelle par le Qadi Bou Meftah. Ainsi,comme il était de coutume en période de disette, toutes les sauterelles furent chassées par les habitants de Marrakech qui les grillèrent et les mangèrent. Sauf une sauterelle qui avait un goût très salé.. c’était la sauterelle Aqissa  dont personne n’en voulut, même après sa mort.

Moralité de la comptine

Ne jamais faire de mal à personne, car cela finit par rejaillir sur celui qui le fait.

Quant à la belle Salha, la vraie, la Reine et mère des trois Rois, elle fit beaucoup de bien et construisit la belle mosquée de Bab Doukkala à Marrakech. Le jardin de la Menara qui s’appelait à l’époque des Saadien J’nane Salha, fut rebaptisé Jnan Al Massarra (jardin de la gaieté) par Moulay Ahmed Al Mansour Ad-Dahbi, en mémoire à sa défunte mère, Lalla Messouda, dite Touda. Cette belle reine fut enterrée dans les tombeaux Saadiens, à côté de ses fils.

Les Tombeaux Saadiens

Pendant longtemps, nul ne savait où se trouvaient ces fameux tombeaux où princes et princesses de la dynastie Saadienne avait été enterrés. Au début du 18è siècle, le Sultan Moulay Ismaïl avait, en effet, ordonné de faire disparaître toutes traces de cette dynastie en demandant, la destruction de tous les vestiges restant. Il n’osa toutefois pas commettre le sacrilège de détruire leurs sépultures et ordonna que l’on murât l’entrée de la nécropole. Le secret demeura bien gardé jusqu’en 1917, date de la redécouverte de l’emplacement des tombeaux saâdiens par un aviateur français.

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Cette nécropole royale fut utilisée dès le début du 14è siècle par les Merinides et le Sultan Abou el-Hassan Al Marini y fut inhumé en 1359. Mais sa splendeur remonte au 16ème siècle avec l’inhumation du prince Mohamed Cheikh en 1557. Son fils Ahmed El Mansour fit agrandir et embellir l’emplacement en y faisant construire la koubba (coupole) dite de «Lalla Messouda». Lalla Messaouda y fut inhumée en 1591 ainsi que le sultan Moulay Ahmed Al Mansour Ad-Dahbi, qui périt lors de la terrible épidémie de peste qui dévasta le Maroc en 1603.

Le mausolée le plus prestigieux de cette nécropole est la salle des douze colonnes qui abrite la tombe du Sultan Ahmed El Mansour Ad-Dahbi. Les plafonds en cèdre et les stucs sont finement travaillés, les sépultures y sont en marbre de Carrare. Certaines tombes arborent une épitaphe poétique. Celle de la belle princesse Zohra Saadia est magnifique : “Voici la tombe de la noble dame, nouvelle lune, merveille des vertus”…

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