A propos d’Istanbul, du fanatisme et de la sainteté

Certains religieux, et ils sont nombreux les bougres, quelque peu malades et dépourvus de compassion et d’amour, très malades même, pensent pathologiquement la religion en termes de souillure et de réparation, d’écart par rapport à une norme fantasmée, dont ils croient être les gardiens et les garants, qu’ils se persuadent d’être seuls à comprendre, qu’ils sont à leurs yeux seuls à même de défendre, étant bien évidemment, toujours selon eux, investis du pouvoir de bénir et de maudire, de canoniser et d’excommunier, d’intégrer et de rejeter.

Ils “raisonnent“, si l’on peut dire, en termes d’honneur bafoué, de souillure, d’offense, de réparation, de vengeance. Leur spiritualité n’est pas désintéressée, puisqu’elle dépend de ce que font ou ne font pas les autres. Les deux jumelles marocaines auraient sali la réputation du pays. Coupables de s’être trouvées dans un lieu supposé de débauche, elles auraient, du fait de leur simple présence en un lieu festif et de perdition (une boîte de nuit), dégradé l’image du Maroc.

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Le fanatique a un besoin maladif de la faute, de l’écart, du péché de l’autre. Pour le fanatique, la preuve de son engagement au service du bien est dans la dureté, la véhémence de son intransigeance. Le fanatique détourne le sacré au profit de sa pathologie, de sa conception paranoïaque de l’identité. Sans sa dureté, sans sa cruauté, il n’est point de pureté. Une jeune femme ne s’appartient pas ; elle ne peut s’appartenir. Quand la religion tend à devenir un simple facteur d’identité (nous les purs, eux les mécréants), elle tourne le dos à sa vocation qui est d’unifier.

Le saint, lui, aime sans conditions. Il n’a pas besoin de diaboliser l’autre pour exister.

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