Une étudiante marocaine réagit après la fusillade à Quebec

Après la fusillade qui a eu lieu dimanche 30 janvier dans une mosquée à Quebec, voici le témoignage d’une étudiante marocaine vivant au Canada.

Je préfèrerai ne pas dévoiler mon identité car les temps sont durs, ici”

Dans la vie, le communautarisme est un mécanisme automatique, qui nous permet de nous sentir en confiance, qui nous sert de repère, de protection. Nous avons tous tendance à aller vers ceux qui sont comme nous… Et cette ressemblance se définit selon plusieurs critères: la langue parlée, la religion, le hobby, le corps de métier, la couleur de peau, le genre…

Étant d’origine marocaine, je m’identifie à cette diaspora en dehors du territoire.

Ayant reçu une éducation scolaire française, je m’identifie aux français bien souvent.

Étant née et ayant vécu plusieurs années au Canada, je suis attachée à mon identité canadienne.

Étant une femme, je me rattache à mon genre par mon féminisme…

Mais notre monde veut me retirer de force mon identité religieuse.

Aujourd’hui, en 2017, si je devais suivre à la lettre ce que ce monde me dicte, je devrais cacher mon appartenance religieuse. Je devrais prier dans ma chambre, rideaux fermés, dire que je ne bois pas d’alcool parce que c’est plus “healthy”, que je ne mange pas de porc parce qu’il a été scientifiquement prouvé que rien n’est bon dans le cochon… et j’en passe. Voilà à quoi se résume ma vie de jeune femme musulmane vivant à l’étranger…

Ce soir, mon téléphone vibre… une fois, deux fois, quatre fois. Je comprends que je reçois des notifications de différentes applications d’information. Quelque chose de mauvais est en train de se passer et quel ne fut mon étonnement en apprenant que ce soir, à Quebec, on avait ouvert le feu sur une mosquée à l’heure de la prière.

Comme après chaque acte terroriste de la sorte, je suis dégoûtée, je perds foie en l’humanité et je mets dix secondes avant de réaliser que c’est ma communauté qui a été visée. Délibérément. C’est certes tout aussi grave que tous les autres actes terroristes, mais ça fait un peu plus mal. Ça fait un peu plus mal tout simplement parce que mon père, mon frère, ma soeur et ma mère auraient pu y être, parce que j’aurais pu y être…

Et là, j’ai la rage. Je m’en veux d’avoir joué le jeu de ceux qui se cachent derrière tout ça. Je leur ai donné raison en ayant honte d’une part (importante)de ma personne. Aujourd’hui, j’ai décidé que c’était fini. Je ne jouerais plus à ce jeu, je n’aurai plus jamais honte de qui je suis et je n’alimenterai plus ce cercle vicieux.

Aujourd’hui et tous les autres jours,  je serai fière!

Fière de qui je suis, fière de mes coutumes. J’éduquerai ceux qui sont curieux de les connaître, j’éduquerai ceux qui penseront que c’est là que réside ma faiblesse… Et je le ferai fièrement car je n’ai plus à avoir honte de mes origines, encore moins de ma religion qui porte le plus beau des noms: Islam, Paix.

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