Famille recomposée: ce qu’il faut savoir pour éviter les conflits

Refaire sa vie après un divorce, construire une famille recomposée, c’est le vécu de nombreux marocains. Enti tente de scruter ce nouveau fait sociétal. 

 «C’est quand même gênant de devoir sans cesse m’expliquer et répéter que, oui, j’ai une vie normale», soupire Sarah, 17 ans « je vis bien le remariage de mon père, nous formons une famille recomposée, nous sommes heureux à la maison et curieusement c’est face à la famille et aux amis que ce n’est pas tous les jours facile à gérer», ajoute-t-elle.

Un statut difficile à assumer

«Le divorce est toujours négativement sanctionné par la société, car il est perçu comme un échec et non comme une manière de corriger une erreur passée» explique le sociologue Mustapha Aboumalik, spécialiste de la famille. Depuis la réforme de la Moudawana et l’entrée en vigueur du nouveau Code de la famille, le taux de divorce a explosé. «Malheureusement, il n’existe toujours pas de données démographiques sur le poids des familles recomposées au Maroc pour pouvoir connaître son évolution », déplore l’enseignant-chercheur.

Famille recomposée, un modèle qui émerge

«Le modèle de la famille recomposée est en train d’émerger depuis une dizaine d’année. De plus en plus répandu, il tend à perdre sa connotation négative. Mais le chemin est encore long», souligne la psychologue Myriam Ammor.

Dis, pourquoi on n’a pas le même nom de famille ?

«J’ai pris conscience que nous étions une famille recomposée le jour où ma petite sœur, issue d’un remariage de ma mère, m’a lancée, en revenant de l’école: dis, pourquoi on n’a pas le même nom de famille ?», raconte Lamia, 18 ans. «Mes parents se sont séparés durant ma petite enfance. J’ai toujours considéré mon beau-père comme un membre à part entière de ma famille, j’arrive à me sentir proche de lui tout en maintenant des relations avec mon père ».

Malika ne partage pas le même sentiment. Après le divorce de ses parents, elle continue à voir régulièrement son père «Je ne considère pas vraiment ma famille comme recomposée. La garde étant attribuée à ma mère, mes frères et moi vivons avec elle tandis que mon père, ma belle-mère et mes demi-sœurs vivent ensemble. Peut-on parler de famille recomposée dans mon cas, quand tout le monde n’est pas forcément intégré dans cette nouvelle famille?»

Mère divorcée, belle-mère, quels droits ?

Depuis 2004, la loi est claire : « La garde est confiée en premier lieu à la mère, puis au père puis à la grand-mère maternelle de l’enfant». Le Code de la famille précise toutefois qu’à partir d’un certain âge, l’enfant peut choisir à quel parent il désire être confié.

À l’époque de la réforme de la Moudouwana, les mouvements féministes se sont battus pour que la mère ne perde plus le droit de garde en cas de remariage. Cette disposition légale contraignait beaucoup de femmes à rester dans le célibat face au risque que leurs ex-maris «récupèrent» les enfants. Face à cette revendication, des exceptions à la déchéance du droit de garde ont été introduites. Désormais, selon le Code, la mère conserve sa garde «si l’enfant n’a pas dépassé l’âge de sept ans ou si sa séparation de sa mère lui cause un préjudice». Cette dernière formule, ouverte à interprétation, laisse une marge de manœuvre, mais ne constitue pas une garantie suffisante pour encourager les femmes à refaire leur vie.

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Côté belle-mère, le vide juridique de ce statut cause également des drames. En cas de séparation, certaines femmes se retrouvent ainsi privées de la possibilité de voir un enfant qu’elles ont élevé comme le leur.

Casser l’image de la marâtre

Trouver sa place au sein d’une nouvelle famille et tisser des liens forts peut relever du parcours du combattant. Souvent, les enfants appréhendent le nouveau conjoint dont l’arrivée représente la fin de l’espoir d’une réconciliation possible entre les parents. Selon les pédopsychiatres, le sentiment de jalousie qui peut alors se manifester est parfaitement naturel chez ces enfants. Et pour cause, l’idée de la belle-mère «méchante» est véhiculée dès l’enfance par les contes de fées. Reste que face à une volonté plus ou moins consciente de les exclure, la tâche d’une belle-mère ou d’un beau-père est bien ardue. Les difficultés seront plus dures à surmonter quand le nouveau couple ne partage pas les mêmes méthodes éducatives, fait remarquer Myriam Ammor. Malheureusement beaucoup de remariages ne durent pas à cause des difficultés relationnelles entre les enfants et le beau-père ou la belle-mère. Certains enfants iront jusqu’à demander à leurs parents de choisir entre eux et le nouveau ou la nouvelle venue. Et, immanquablement, le parent cède à son gamin. «Certains conjoints refusent de croire que leur enfant puisse être un manipulateur et tout faire pour détruire le couple», poursuit la psychologue.

Le secret de la réussite : communiquer !

«Il faut faire comprendre à l’enfant que ce n’est pas parce que sa mère est triste qu’il la trahit en sympathisant avec une autre femme», conseille Myriam Ammor. Il est important d’avoir un dialogue sincère avec lui car souvent, en voulant le protéger, on néglige son intelligence. Or l’enfant à besoin d’éléments pour comprendre». La psychologue propose notamment d’instaurer une réunion familiale hebdomadaire, où chaque membre, de tout âge, pourra s’exprimer pour mieux déceler et désamorcer les conflits sous-jacents. Pour faciliter l’intégration du nouveau conjoint, il est également important d’établir une période de transition où l’enfant découvre son beau-père ou belle-mère, avant de s’établir sous le même toit. En un mot, être à l’écoute et communiquer sont les maîtres mots pour tordre le cou à l’image de la marâtre et offrir à l’histoire de cette nouvelle famille un heureux dénouement. «J’ai déjà vu le cas d’une famille recomposée où, lors du divorce, les enfants et les beaux- enfants, issus d’un premier mariage du mari, ont choisi de vivre avec leur belle-mère et pas avec leurs parents biologiques, qui ont alors donné leur accord », conclut, positivement, Myriam Ammor.

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