FIFM 2018 : BRIBES D’UNE CONVERSATION AVEC MARTIN SCORSESE

Devant une salle comble d’acteurs, réalisateurs, journalistes et public averti, Martin Scorsese a partagé son amour pour le cinéma. Voici quelques bribes de cette belle et enrichissante conversation qui s'est déroulée à Marrakech, durant le FIFM

Devant une salle comble d’acteurs, réalisateurs, journalistes et public averti, Martin Scorsese a partagé son amour pour le cinéma. Voici quelques bribes de cette belle et enrichissante conversation qui s’est déroulée à Marrakech, durant le FIFM.

Réalisateur adulé, cinéphile engagé, les films de Martin Scorsese ont été visionnés dans le monde entier. Le cinéaste d’exception a parlé de ses films, de son audace et de son intransigeance dans la mise en scène.

Je suis le fils d’une famille sicilienne. À l’âge de trois ans, on m’a diagnostiqué un asthme sévère. Je ne pouvais pas faire de sport, je ne pouvais pas jouer. Alors on m’a emmené voir des films. J’ai grandi avec des images et des histoires. 

Ses films cultes

En 1948, mon père nous a acheté une télévision. Une chaîne locale diffusait des films italiens sous-titrés. Je n’oublierai jamais la séquence du corps… le cadavre d’un homme flottant sur l’eau avec un écriteau sur lequel on pouvait lire «partisan». La souffrance du film Paisa de Roberto Rossellini est restée gravée en nous.

Il y a aussi ce film qui m’a beaucoup marqué en 1949. Les Chaussons rouges raconte l’histoire d’une danseuse qui sacrifie tout pour son art. J’étais fasciné par l’obsession du personnage sans pouvoir encore le verbaliser. Comment une artiste peut être consumé par son art.

À 14 ans, quand j’ai découvert les films américains Sur les Quais et À l’Est d’Eden, j’ai été très impressionné. Mais après cette période américaine, j’ai découvert d’autres cultures. Je me suis donc penché sur les films russes d’Eisenstein et de Vertov. Puis j’ai vu Pather Panchali de Satyajit Ray. Je n’oublierai jamais l’usage de la musique dans ce film. Il y a eu aussi  le cinéma japonais avec Le Troisième Homme de Mizoguchi…

Martin Scorsese

Un homme inspiré

Devant une salle comble d’acteurs, réalisateurs, journalistes et public averti, Martin Scorsese a partagé son amour pour le cinéma. Voici quelques bribes de cette belle et enrichissante conversation qui s'est déroulée à Marrakech, durant le FIFM

J’ai eu la révélation avec Citizen Kane de Orson Welles. Ce film a tout changé. J’avais déjà vu des images fortes, poétiques mais là, je réalisai que l’on pouvait tout faire avec une caméra. Avec Cassavetes, j’ai ensuite compris que l’on pouvait faire un cinéma en toute indépendance, avec une caméra légère. Avec Huit et demi de Fellini et Hiroshima, mon Amour  de Resnais , j’ai découvert une nouvelle façon de réfléchir sur le montage. Pour passer d’un plan à un autre, Le style M4 m’est apparu dans Mean Streets.

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Il faut savoir qu’à l’époque, avec la complicité des studios et des acteurs du moment, le pouvoir pouvait vous menacer de re-monter votre film, vous dépossédant ainsi de votre œuvre et de votre style.
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Un grand réalisateur m’a dit un jour “Ne perd jamais pas ton statut d’amateur”

Martin Scorsese

et ses acteurs

Devant une salle comble d’acteurs, réalisateurs, journalistes et public averti, Martin Scorsese a partagé son amour pour le cinéma. Voici quelques bribes de cette belle et enrichissante conversation qui s'est déroulée à Marrakech, durant le FIFM

Harvey Keitel qui a joué dans Mean Streets a une mémoire extraordinaire des sens. Il pratique les exercices spirituels des jésuites, la méthode Stanislavski et ce qui compte après tout, c’est être présent…avec tous ses sens. Dans Zapata on ne comprend pas toujours Marlon Brando mais il suffit de voir dans ses yeux pour tout saisir.  Quant à Paul Newman, il était tellement pro, on ne savait pas d’où il tenait ça… le jeu était inné chez lui.  C’est pareil pour Daniel Day Lewis et Robert de Niro. Ils ont la sensation de devenir leurs personnages. Robert de Niro n’a peur de rien et il peut aller très loin dans ses retranchements.

Être acteur, c’est devenir quelqu’un d’autre et ce n’est pas moi qui peut le leur expliquer.

Martin Scorsese

La part d'improvisation

Martin Scorsese reconnaît l’importance d’être ouvert au hasard, à l’accident. Les meilleures choses sont les accidents. On les espère intimement et quand ils arrivent, on a une nouvelle impulsion.

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Je fais partie de ces réalisateurs qui aiment savoir ce qui va exactement se passer sur leurs plateaux. Tout est écrit, chorégraphié. Jusqu’au moindre regard des personnages, tout est précis. En revanche, dans le film Silence, certains paysages ont dicté quelques parties du film.

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Des films comme Le temps de l’Innocence ne laisse aucune part à l’improvisation. Il faut retourner au texte d’Edith Wharton. Dans Kundun ou encore dans Le Loup de Wall Street, il y a eu plus d’improvisation dans certaines séquences qui le permettaient. Mais je dois absolument savoir où je vais d’autant qu’à mon âge (75 ans), je dois savoir où placer mon énergie. Dans The Irishman avec Robert de Niro et Al Pacino, il y a eu également de l’improvisation, mais une improvisation très structurée. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que sont les répétitions qui permettent cette part d’improvisation.

Martin Scorsese

La critique au cinéma

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Il y aura encore et toujours des études de cinéma qui vous apprendront à construire des dialogues et des conversations. Mais que des critiques puissent lancer ou détruire un cinéaste, c’en est trop! D’ailleurs, certains critiques ont abusé de leur pouvoir. Aujourd’hui, il existe encore des bons et mauvais papiers sur le cinéma mais heureusement, ils n’ont plus autant d’influence qu’ils en avaient dans les années 80.

Martin Scorsese

La mémoire du cinéma dans le futur

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A quoi ressemblera le futur  en terme de représentation visuelle ? De quelle façon les gens se réuniront-ils pour voir un film ? Certes, le public est encore là mais que restera t-il du rituel du cinéma ? Que deviendra l’expérience de la salle ? Les films des 100 dernières années existeront-ils toujours ? Je pense très sincèrement qu’il faut sauver les valeurs du cinéma. Celles-là mêmes que défendent des festivals comme le Festival International du Film de Marrakech.

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