Kaïs & Leyla and Partners, ou l’Amour néo-libéral

Peut-on imaginer qu’au terme d’une mutation dont il serait certes difficile mais non moins passionnant d’écrire l’histoire, la société néolibérale ait pu produire, à l’instar de tant d’autres, un modèle amoureux ?

Une façon d’aimer ? D’être aimé… Et, pourquoi pas, que soit né, dans l’usine à imaginaire du capitalisme, un type d’homme idéal ? Un amoureux parfait ? A quoi pourrait-il bien ressembler ? De quels attributs, de la finance ou du marché, ou des deux, militants ensemble pour son succès, ce Market Lover serait-il paré ?

S’il est vrai que l’homme est dit parlant, de quelles paroles serait composé la déclaration ou le poème d’amour que diraient ce nouvel amant, élevé au cœur du marché, pour toucher, atteindre du premier coup, celui du sexe opposé ?

Peut-on gager qu’aux mots, phrases, rimes voir logorrhée de l’amant du siècle dernier, ou celui qui l’a précédé, notre Market Lover ; notre Amant de Marché, en bon français, aurait substitué une langue purement efficace ? Avec des Vendez, des Achetez, ou des Asap à la fin de chaque strophe ?

Un langage n’hésitant pas à mettre au chômage nos vieilles métaphores, allégories, synecdoques et autres prosopopées ? Celles-ci s’étant finalement avérées totalement improductives. Ainsi, les termes formants son poème destiné à leur tirer quelques larmes ou à les faire toutes tomber sortirait-il peut-être d’un dictionnaire tellement plus simplifié. Littéralement downsizé… La faillite des synonymes, en somme.

A l’ère où la fibre optique a remplacé la fibre poétique, avec son temps long, son cortège de journées passées à attendre un geste de l’aimée,… Que dire alors du temps que dureraient les amours du Market Lover ? Oui, qu’en serait-il de leur pérennité ? Fusionnelles ou pas, celles-ci devraient-elles subir le même rythme que celles des opérations de marché ?

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Durer le temps d’une Opa ? Faire gagner le Market Lover le mieux rencardé ? Faisant ainsi pénétrer l’information au cœur de la vie affective des futures générations ? Ou, dans le cas de relations sentimentales compliquées, s’en remettre aux talents d’un inespéré chevalier blanc ? Créer une société écran ?

Et au fait… Dans un monde de l’argent devenu virtuel, aurait-on des raisons de craindre pour les capacités du Market Lover à incarner réellement l’être de chair que les femmes attendent. Ou croient qu’il est encore celui-là dont elles rêvent de sentir la puissante étreinte.

Et à supposer que ses amours prennent corps, et durent après la clôture des cours et qu’il en arrive même à fusionner suffisamment longtemps avec une personne morale… Que se passerait-il si, un soir, notre Market Lover venait à oublier que le libre-échange concerne seulement les états ?

Serait-il blanchi, à terme ? Comme le font d’expertes et vénérables institutions pour des milliards à la traçabilité douteuse ? Ou sa faute prendrait-elle plus de valeur si par chance il s’en remettait pleinement a l’un de ces traders sachant exceller dans l’art de rendre fructueuse une dette… Excellons, pour notre part, dans celui de relire tous les romans d’amours dont nos bibliothèques regorgent.

Mais prions aussi pour ne avoir à lire un jour sur une carte de visite ou une plaque de cuivre, l’inscription Kaïs & Leyla and Partners.

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