Harcèlement de rue : “non, ce n’est pas un compliment”

harcèlement de rue Maroc-enti

Le harcèlement de rue fait désormais partie de notre quotidien: sifflements, insultes, mains aux fesses, etc. Nous nous sommes penchées sur le sujet. Décryptage.

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Dans la rue, Selma, 26 ans, se sent comme «une proie entourée de chasseurs prêts à tirer» Au-delà de cette métaphore, la jeune femme peste contre ce qu’elle appelle le machisme de rue.

Dans la réalité, un inconnu vous accoste, au mieux par un «Wa fine, a zine», au pire par une escalade d’injures, de gestes obscènes, qui peuvent parfois aboutir à de la violence gratuite. «L’autre jour, à quelques pas du Vélodrome de Casablanca, un vieil homme s’arrête avec sa voiture flambant neuf et me glisse “On ne laisse pas une belle femme marcher seule”, raconte Amina, 38 ans Je feins de ne rien entendre et là, direct, il me traite de salope». Dans le bus, la semaine dernière, un jeune dit à Soumia « je vais exploser l’utérus de ta mère» parce qu’elle n’a pas répondu à son «manchoufouch a zine». Quant à Samia, elle a eu droit à cet homme qui faisait des halètements de chien alors qu’elle attendait un taxi. D’après Meriem: «L’autre jour, j’étais en voiture lorsqu’un type en moto s’est collé à ma portière et m’a envoyé un crachat sur la vitre».

Mais est-ce vraiment nouveau?

Dans les années 80, dès qu’une fille était pubère, elle se faisait siffler par des jeunes de son âge. On y entendait alors une sorte d’hommage populaire. Aujourd’hui, le macho des rues est revenu sous une forme nouvelle, plus agressive, voir primaire. «Je ne peux plus boire un Coca à la paille ou manger une banane dans la rue, sans risquer de me prendre une réflexion», déplore Ghizlaine. Choquée, Sarah raconte «Même enceinte et vraiment pas à mon avantage, j’ai eu droit à “Ntiya ghzala, wlah».

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Que ce soit Selma, Samia, Ghizlaine, Amina, Abla ou vous qui lisez cet article et nous qui l’avons rédigé, ne sommes-nous pas épuisées par ce systématisme dont on aimerait croire qu’il prendra fin, un jour? Ne sommes-nous pas dominées par ce sentiment qui est un mix de colère et d’humiliation? «Je trouve inadmissible en 2017, de ne pas pouvoir marcher où je veux, habillée comme je veux», précise Lamia. Les jeunes femmes modernes se trouvent au cœur d’un paradoxe. La société ne cesse de les encourager à travers des pubs, des magazines et des films à se montrer séduisantes. Et la rue, par une drague brutale et vite insultante, les culpabilise de porter une jupe courte, un short ou des talons. Amina reprend «Je n’ose la minijupe ou le décolleté que lorsque je suis accompagnée ou quand je sais que je ne vais pas descendre de ma voiture. Du coup, j’ai l’impression de participer passivement à ce phénomène. L’autre jour, un adolescent m’a collé une main aux fesses. J’ai hurlé, tapé un scandale. Le gamin est allé se réfugier auprès ses grands frères qui sont venus vers moi en disant “c’est quoi le problème”. J’ai juste gémi un «Hchouma alikoum» en m’écrasant parce qu’ils étaient plus nombreux. Je me suis sentie à la fois impuissante et humiliée.

Mais qui sont ces hommes ?

C’est la question de tous les dangers car elle remue des tentations de stigmatisation et de simplification. «Souvent moches, jamais Keanu Reeves» ironise Abla. Mais sinon? «Des mecs qui ne sont pas armés intellectuellement pour séduire avec subtilité»lance prudemment Asmaa. «Des sans-boulot dévirilisés qui compensent leurs manques»ajoute Zineb. En tout cas, il n’y a pas d’âge pour harceler. D’après Mouna, psychologue, la racine du problème est culturelle et éducative. C’est un mal qui repose sur des archétypes d’un autre âge, où l’homme détient la puissance, le pouvoir qu’il impose à l’autre sexe. Il suffit de se promener à Berlin, Amsterdam ou Stockholm, villes plus évoluées en terme de parité, pour constater que le phénomène ne touche quasiment pas les pays du Nord. Mais il existe aussi une autre explication selon laquelle certains hommes n’ont pas vu les femmes évoluer, se libérer, les doubler sur leur droite. Certains pensent que pour sauver le masculin, il faut s’imposer par la force et revenir à des fondamentaux misogynes…

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