Les Marocains du Monde, une société civile ?

Chronique Luxe Radio

Marocains du Monde. L’expression sonne presque un peu comme une victoire. Celle d’un sens plus heureux, plus neuf et plus optimiste, d’une victoire remportée sur des abréviations qui disaient le Travail, l’Etranger, l’attachement et la solitude. Mettons qu’au terme d’une histoire difficile et d’un retournement puissant, être Marocain du Monde signifie aujourd’hui avoir redessiné les contours d’un espace autre.

Un territoire nouveau qui est celui du dépassement et de l’invention. De l’espace, d’abord, transformé par la mobilité, aussi difficile soit-elle. De l’Histoire, comme héritage difficile acquis par la confrontation avec d’autres, l’Européenne, notamment… D’une modernité négociée avec les racines, mais qui permette qu’on se dise, qu’au fond, ici, A Paris, Bordeaux, Amsterdam, Montréal, ça existe quand même, le droit…

Que réussir, par le travail, c’est possible. Comme la possibilité de s’élever, un peu, ou beaucoup… Et que racisme et ségrégation ou pas, les déterminismes, au nom d’une sorte de décence à l’œuvre dans les sociétés dites occidentales, peuvent retourner au placard, un jour ou l’autre.

Et pourquoi pas, la simple compétence conduire un fils de manœuvre à la tête d’une banque, une fille de bonne au parlement. Et la chance, si on la laisse faire son métier… Et à terme, rendre possibles les basculements…

Alors, peser aujourd’hui, près ou plus de 9% du Pib, est-ce que ce n’est pas cela, faire basculer la balance…

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Alors, les Marocains du Monde, les habitants de cette terre nouvelle, dont les lois et les habitudes, les exigences acquises ailleurs, riment avec le désir de retourner à la leur, si l’on croit qu’ils ne pèseront que le poids d’un basculement économique, et que l’on fait fi de celui, symbolique, c’est-à-dire politique, que le retournement qu’ils ont opéré, pèse, on se trompe…

Car le territoire qu’ils ont dessiné, avec sa mobilité, ses règles, est peut-être bien plus grand que celui dans lequel on voudrait les faire vivre, qui est, au fond, celui du développement… Ce mot fourre-tout, dans lequel on ne voudrait que mettre compétence, partage, ressources humaines, qualité, etc… Bref, tout le vocable arrangeant d’un management qui voudrait arranger les tenants d’une politique sans politique…

Marocains du Monde, oui, si l’expression est jolie. Elle dit aussi l’histoire et la naissance d’une puissance politique d’un genre nouveau. Une société civile nouvelle, mondialisée, ouverte, fixe, enracinée, moderne, exigeante, aimante du pays, mais incapable de faire fi des acquis de la modernité et de l’Etat de droit… Alors, la leçon des Marocains du Monde pourrait bien être celle-ci : une richesse n’est pas seulement affaire d’argent.

Par Driss Jaydane pour Luxe Radio

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