Retrouver le principe de “Bienveillance“

L’urgence ? L’unique, la seule, la véritable ? Occuper les esprits.

Occuper, au sens martial, guerrier, stratégique du terme… Et qui n’a pas sa petite bataille à mener, sa minuscule petite guerre à faire, chaque jour, celui-là ne sait plus quoi faire de son cerveau.

Le mental: nouveau théâtre des opérations.

Les armées, invincibles, suréquipées, omni-hyper-présentes qui entrent dans nos têtes, déboulent, toujours triomphantes, dans nos maisons, qu’elles n’ont plus – et c’est là le comble!-, qu’elles n’ont même plus besoin de forcer. Toujours vainqueurs, ces milliers de soldats… Les faits divers.

Ces détestables petites bombes à fragmentations qui atomisent le réel, en organisant l’accumulation hystérique et programmée de millions de nuisances, de jouissances inutiles, mais tellement efficaces… Occupation du Réel, donc, par des bulles qui à chaque fois gonflent, s’enflent de voyeurisme…

Partout, à toute heure.

Ce qui n’est même plus l’Opinion, cette chose sale, qu’en son temps fustigeait déjà Platon… Pauvre Platon, qui meurt en direct, chaque jour, sur chaque plateau de télévision, et ce qui y ressemble… Ce qui, pour le malheur de l’intelligence, rassemble…

Mais alors, les vraies questions ?

Les problèmes cruciaux ? Les fondamentaux ? Oubliés, depuis la fin des idéologies, depuis que les grandes machines à penser l’événement se virent brisées sur l’autel de l’Equivalence… Cet arrogant rejeton du Droit à penser ce que l’on veut…

C’est-à-dire qu’à la fin des fins, pour avoir de la valeur… Tout doit absolument se valoir ! La voilà ainsi jetée, la pensée, dans l’abîme de la fausse et commune opinion nationale, transpirante, transnationale ! Ah, les joies du voyeurisme digitalisé qui n’avance jamais sans sa meilleure alliée : la Moraline, désormais électronisée.

Et les deux ensembles, intronisées.

Le voilà, le vrai couple de l’année perpétuelle.

Fait Divers. Qu’il arrive par devant, par derrière, grégaire, planétaire…

Divers. Comme diversion. Là encore, le lexique est clair. Militaire plus que civil. Mais non moins vil… Car il est établi qu’il faut occuper les esprits ; les pénétrer, comme s’il s’agissait d’une ville… Mais cette fois d’une ville qui ouvre grandes ses portes à son envahisseur ; qui l’accueille dans le bruit furieux de sa clameur. Cette cité mentale se construit, minute après minute, avec les briques de la Confusion, le Ciment de l’Amalgame.

Cité virtuelle, peuplée d’implacables mangeurs de honte qui s’empiffrent, se gavent, chaque jour, des millions de fautes commises par d’autres, monde immonde, où l’on dévore sans arrêt un Autrui quotidiennement sali… Mais qui peut, un matin, revêtir notre identité. Prendre notre nom, avoir notre visage. Notre vie.

Oui, le fait divers nous occupe. Il nous a investi, vaincu. Ce médiocre Général a gagné parce qu’il a eu le génie de nous laisser mener ses batailles ! Il a su, en cela, s’appuyer sur de solides alliés, su tirer partie de nos faiblesses. Et d’une, en particulier… Une faiblesse qui fût longtemps une force, un bien précieux que nous pourrions bien avoir perdu : l’Idée de Bienveillance.

Bienveillance, essence du lien social.

Au-delà d’être une simple idée. Elle eût, longtemps, valeur de principe… De ciment. Elle se fondait sur le pari, difficile, qu’on ne construit rien de solide, de durable, sans confiance en l’Autre ; confiance dans le fait que l’Autre peut et doit être autre chose que la Faute qu’il aura commise…

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Bienveillance, prise en compte de la faiblesse, des nombreuses faiblesses de l’Autre… Mais d’un Autre qui aurait, au fond, un visage et un nom à peine différents des miens ! Le Principe de Bienveillance, – nommons-le ainsi, suppose, commande, que la rédemption soit possible. Que l’on ne soit pas voué à n’être plus, toute sa vie, que l’erreur d’une seule fois.

A condition bien sûr qu’un autre Principe, entre en jeu, celui d’Humilité, et que celui-ci ait valeur de contrat. Exigeant que si nous sommes faillible, c’est que Je le suis… Que si je suis faillible, tu l’es aussi… Fragilité, humilité, bienveillance. Trio nécessaire pour toute communauté qui entend ne pas se repaître de ce qui est, en vérité, la Chute voulue, guettée, tant espérée d’un Humain, d’un voisin, d’un inconnu. Car il ne se passe pas une minute sans que nous ne soyons forcés, par ces réseaux qu’on dit sociaux, de témoigner, force clic, de l’indignité, montrée, démontrée, et définitive d’un autre qui cache le prochain… Un flagrant délit par seconde, pour une société de jurés virtuels ! Est-ce, cela, une Société ?

Car, en vérité, aucune communauté, aucune société digne de ce nom, ne peut exister si ce qui la fonde relève de l’étrange désir, malsain, indigne, de voir l’Autre commettre la faute dont il faudra qu’il ne se relève jamais. Une telle société ne permet pas aux fautifs d’un jour de croire qu’ils pourront, par un regard bienveillant, devenir meilleurs qu’ils ne le sont. Or, ce qui fonde, réellement un monde social, c’est l’idée qu’il est possible d’y devenir plus grand, plus intelligent, plus moral qu’on ne l’est. La société éduque, élève, donne confiance. Retrouver le Principe de Bienveillance, voilà, pour les années à venir, le meilleur programme politique qui mérite qu’on le défende.

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