ROXELANE & SOLIMAN LE MAGNIFIQUE: L’ESCLAVE QUI A ÉPOUSÉ LE SULTAN

Roxelane : les intrigues du Harem pour evenir la femme de Soliman le Magnifique

C’est l’histoire (vraie) d’une esclave d’origine slave, connue sous le nom de Roxelane qui est parvenue à renverser la loi du harem turc pour devenir la seule épouse du Sultan Soliman le Magnifique.

C’était en l’an de grâce 1550 de notre ère. Roxelane était une esclave orginaire de Ruthénie, un pays qui correspondait à peu de choses près à l’Ukraine actuelle. Enlevée par les tartares et vendue au grand vizir Ibrahim Pacha, celui-ci décida d’offrir cette fille d’un pope Orthodoxe, au Harem du Sultan Soliman le Magnifique.

Au milieu du 16è siècle, le palais Topkapi était au centre de l’empire le plus puissant au monde. En son coeur se trouvait le quartier le mieux gardé du sultanat : le Harem dans lequel circulaient 800 eunuques noirs et seul un homme avait le droit d’y pénétrer : le Sultan Soliman le Magnifique, en personne. Des règles extrêmement strictes lui dictaient laquelle des femmes de son Harem passerait la nuit avec lui.

Roxelane, l’esclave qui sut séduire le Sultan

Hafsa Hatun, Sultane Vâlidé, dirigeait d’une main de maître le Harem de son fils dont Roxelane (dite Hürrem, la Joyeuse) faisait désormais partie. Issue d’un petit village russe, la fille du pope doit son surnom à ses efforts constants de plaire. Suite au décès de trois de ses quatre enfants et des luttes intestines qui sévissaient au Harem, Gülbahar (Rose du Printemps), favorite en titre du sultan, ne pouvait transmettre autre chose que sa profonde tristesse. Profitant de la dépression de Gülbahar, Roxelane décide alors de séduire le Sultan qui avait besoin de se distraire après un retour de guerre éprouvant.

Roxelane : les intrigues du Harem pour evenir la femme de Soliman le Magnifique

Saisissant cette occasion, le 19 octobre 1521, Roxelane calligraphie délicatement quelques vers du poète turc Fuzuli qu’elle offre à la Sultane Vâlidé, par l’intermédiaire de son eunuque noir. Emue par ce geste, Hafasa Hatun décide de convier la jeune femme à sa Djouma (jour de l’Union) où Soliman venait choisir parmi dix beautés, l’heureuse élue avec laquelle il passerait la nuit.

Âgée de 17 ans, la jeune esclave était incroyablement belle. Consciente de devoir miser sur sa joie de vivre pour séduire le Sultan et attirer son attention, elle décida de ne pas montrer autant d’apprêt que les autres demoiselles. Lors de la fête du Djouma, sa sobriété et sa joie de vivre ont attiré le sultan Soliman qui lui dit :

– Qui es-tu, toi qui ne te pare pas pour me plaire ?
– On me nomme Hürrem la Joyeuse, je sais rire et j’aimerai pouvoir faire rire le Grand Sultan, vainqueur des ogres de Belgrade, et qu’aucun joyau ne peut éblouir.

Dans les appartements du Sultan

Intrigué, Soliman déposa alors son mouchoir de soie sur l’épaule de la jeune fille, la désignant ainsi parmi toutes les autres. Mais avant de rejoindre le Sultan, la jeune esclave devait suivre un rituel extrêmement strict d’autant que le « Jour de l’Union » se concluait systématiquement par une cérémonie matrimoniale. Revêtue de la traditionnelle robe blanche, Roxelane se laissa revêtir par la Sultane Vâlidé de la ceinture de perles que seul Soliman avait le droit de dégrafer. La mère de Soliman lut ensuite quelques versets du Coran qu’elle tenait au dessus de la tête l’heureuse élue afin de prononcer le rituel de mariage. Bien que dans ce cas précis, il s’agissait d’un simulacre puisque le sultan ne pouvait en aucun cas, s’unir avec une esclave.

Roxelane : les intrigues du Harem pour evenir la femme de Soliman le Magnifique

Le cortège prit forme et douze demoiselles précédèrent l’épousée en jetant des pétales de roses sur son chemin, tout en chantant des airs joyeux. Les eunuques poussèrent leurs cris pour faire le vide dans les jardins et annoncer l’arriver de celle qui allait rejoindre le Sultan. Personne ne devait voir le visage de la jeune mariée. Le cortège s’arrêta ensuite devant la Porte de la Félicité, dernier rempart qui se trouvait à la fin du Harem. Roxelane franchit seule la fameuse porte et fut accueillie par le chef des eunuques blancs, qui la conduisit jusqu’à la porte des appartements de Soliman. Traditionnellement, le sultan était étendu sur le lit, la tête reposée sur trois coussins. À côté de lui, un eunuque blanc était assis à une table d’écriture, où il allait devoir prendre note de l’année, de la date, du mois, du jour et de l’heure de l’Union. Cette note servirait de base aux prédictions des astrologues au cas cas où la favorite tomberait enceinte. Une fois la prise de note enregistrée, l’eunuque se retirait.

Dans l’intimité des appartements du Sultan, Roxelane la Joyeuse se prosterna trois fois devant le padichah. Un titre que les souverains turcs aimaient porter car ils étaient à la fois califes (chef spirituels) et sultans (chefs temporels), ce qui donnait à leur pouvoir un caractère d’universalité équivalent à celui qu’on trouvait chez les Empereurs, en occident. Après cela, elle dut embrasser la couverture de Soliman trois autres fois et enfin ramper jusqu’à lui. Séduit par son rire, par ses talents musicaux au Saz (sorte de cithare), par sa culture, ses poèmes et certainement par ses autres talents insoupçonnés, Soliman finit par demander au Harem de lui envoyer régulièrement la belle Roxelane.

Amours, intrigues et tragédies

Tout le Harem, y compris la Sultane Vâlidé commençaient sérieusement à s’inquiéter de cette nouvelle faveur du Sultan envers Roxelane. C’est alors que la jalousie s’empara du cœur de la Kadine Gülbahar (mère des Princes Impériaux, mais jamais épouse du sultan) qui projeta de faire assassiner Roxelane par un eunuque muet. Ce mode d’assassinat était alors le plus approprié pour effectuer un crime par un meurtrier que l’on ne pourrait jamais faire témoigner. Mais cette manière étant trop explicite, l’ancienne favorite du Sultan renonça très vite à ses pulsions meurtrières de peur d’être dénoncée par quelque oreille indiscrète, ou quelque œil de bœuf caché.

Roxelane : les intrigues du Harem pour evenir la femme de Soliman le Magnifique

Roxelane, étant au fait des désirs de vengeance qu’entretenait Gülbahar à son égard, décida quand même de lui rendre visite dans ses appartements, accompagnée par un eunuque noir. Lors de l’entrevue, la Kadine Gülbahar perdit patience face à la tranquillité et l’assurance de Roxelane, et dans un moment de colère, lui lacéra le visage avec une paire de ciseaux. Roxelane ne se défendit pas, ou peu, parce qu’elle savait que Gülbahar venait ainsi de mettre un terme à sa vie de Kadine, favorite du Sultan. De plus, la Joyeuse Roxelane-Hürem, qui se savait enceinte, fit en sorte de continuer à provoquer Gülbahar, car maltraiter une femme du Harem était considéré comme un acte très grave, plus encore lorsque celle-ci était enceinte.

Condamnée à rester cantonnée dans ses nouveaux appartements au Vieux Sérail, avec son fils de cinq ans, Gülbahar se vit affliger une sentence beaucoup moins grave grâce à l’interventiopn de son ami Ibrahim Pacha, vizir et conseiller de Soliman, qui plaida son pardon auprès du sultan. Mais ceci était déjà une demi-victoire pour Roxelane.

La prise de pouvoir de Roxelane

Le 30 septembre 1522, Roxelane, la nouvelle favorite en titre, accoucha d’un fils et devint à son tour, Kadine. Mais si son titre lui accordait certains privilèges, la jeune femme savait qu’elle devait continuer à étudier et entretenir l’intérêt du Sultan, allant jusqu’à le conseiller dans ses décisions politiques. A côté de son perpétuel apprentissage, elle employait ses rentes de Kadine pour entretenir des espions et ainsi, se faire craindre des autres courtisanes. Elle donna ensuite naissance à trois autres enfants. Deux garçons, Selim et Djëhângir ; et une fille, Mihrimah. Son pouvoir affirmé, alors que la Sultane Vâlidé se faisait vieille, elle prit les rênes sur le sérail.

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La fille du pope se convertit à L’Islam

Roxelane décida de se convertir à l’islam et c’est ainsi, selon la loi du Harem, qu’elle obtint son affranchissement et son émancipation par le souverain. Toujours, selon la loi du Harem, une femme libre ne devait pas avoir de relations sexuelles avec un homme hors mariage.Prétextant que cela serait un terrible pêché maintenant qu’elle faisait partie des fidèles du Prophète, Roxelane se refusa donc au sultan durant trois jours jusqu’à ce qu’il la prit pour seule et légitime épouse. Devant ce refus, Soliman entra dans une colère noire, mais peu de temps après, il décida de s’unir véritablement à Roxelane et c’est ainsi que l’ancienne esclave devint officiellement sultane. Il faut savoir que les non-favorites n’avaient pas le droit de donner de fils vivant au sultan. Pour les en empêcher, on leur interdisait de nouer le cordon ombilical de leur nourrisson mâle à la naissance, ainsi mourraient-ils. Roxelane, quant à elle fut épargnée par cette loi parce que, rompant avec les traditions, elle devint la femme de Soliman.

Le début du règne des femmes

En 1541, un terrible incendie détruisit l’ancien palais et tout le harem fut déplacé vers le grand palais où Roxelane se retrouva encore plus proche du Sultan. Ainsi commença le règne des femmes  dans l’empire Ottoman. Cependant, Roxelane avait un grand rival à éliminer : Ibrahim Pacha, le plus fidèle compagnon de Soliman. Tout comme Roxelane, il était lui-même un ancien captif qui devint, treize ans plus tôt, le grand vizir de Soliman. Ce dernier lui avait promis d’épouser sa sœur, Hatice. En offrant Roxelane au Sultan, Ibrahim pensait que cela consoliderait sa position, mais ce fut tout le contraire qui advint. En effet, Roxelane de plus en plus  jalouse de l’amitié entre Soliman et Ibrahim, se mit à répandre des ragots sur le plus proche conseiller du Sultan. Une nuit, Ibrahim, fut étranglé par un garde sourd-muet, mais aucune preuve ne fut établie quant à la responsabilité de Roxelane…

Roxelane : les intrigues du Harem pour evenir la femme de Soliman le Magnifique

Peu de temps après l’incendie de l’ancien palais, Soliman voulut construire un nouveau palais, mais craignant de s’y voir enfermée, Roxelane l’en dissuada et l’incita à construire une mosquée. Convaincu par les conseils de sa bien-aimée, l’architecte Sinan fut choisi pour construite la mosquée dite Süleymaniye. Ce fut une énorme prise de risque pour la jeune femme qui après cela, devint réellement indétrônable.

Esprits criminels

Il était coutumier à l’époque que lorsque le fils ainé accédait au trône, ce dernier éliminait tous ses frères, cousins et neveux. Gülbahar-Mahidevan, d’origine Albanaise était donc la mère du prince héritier Mustapha. Après l’avoir provoquée, Roxelane réussit à convaincre Soliman de la répudier, mais il demeurait Mustapha et Murat, ses fils qu’il allait falloir éliminer à leurs tours. En 1544, Roxelane utilisa son influence pour faire envoyer Mustapha en tant que gouverneur en province. Pendant ce temps, elle lui fit croire que son père, étant devenu trop vieux, il eut mieux valut qu’il montât sur le trône. Influencé par les paroles de Roxelane, Mustapha commença à réfuter les ordres de son auguste père, ce qui ne manqua pas d’attirer l’attention du Sultan qui attribua cela au dur apprentissage du métier de futur Sultan. Mais une fausse lettre du prince héritier adressée au chah d’Iran lui demandant son aide pour renverser Soliman fut interceptée par les espions du Sultan. Roxelane, que l”on soupçonne d’être à l’origine de cette intrigue ne laissa rien apparaître devant le Sultan. Le trouvant soucieux, elle lui demanda ce qui le tourmentait. Mise au courant par le sultan lui-même, Roxelane instilla le venin dans les oreilles de Soliman, lui disant comment le fils de Mahidevan, aîné des fils du Sultan et héritier désigné du trône, pouvait ainsi comploter contre son propre père, le Grand Soliman, le Magnifique, le Fléau de Dieu et son Ombre sur terre.

Le Sultan Soliman, entra dans une terrible colère et convoqua son fils aîné sur le champ. Mustafa se précipita alors chez son père pour se disculper, seul et sans armes mais dans accès de colère terrible, Soliman tua son fils en le pleurant. Ceci arriva le 6 novembre de l’an de grâce 1553 de notre ère. Mehmed, le fils de Roxelane-Hürrem devint donc le prince héritier, mais étant de santé fragile, il mourut très jeune et ce fut Selim, le second fils de Roxelane qui accéda au trône à la mort de son père.

Femme d’influence

Roxelane fut la conseillère avisée de Soliman et son influence semblait avoir été considérable sur la politique étrangère du Sultan. Deux de ses lettres adressées au roi de Pologne, Sigismond II Auguste, ont été conservées, témoignant encore aujourd’hui, du grand sens politique et diplomatique de Roxelane. L’empire ottoman, qui s’étendait jusqu’à la Hongrie, conservera des relations pacifiques avec la Pologne du vivant de Roxelane. Les ambassadeurs de l’Europe entière s’adresseront à Roxelane et lui feront parvenir des cadeaux. Certains historiens pensent aussi qu’elle aurait intervenue auprès de son époux pour contrôler le trafic d’esclaves organisé par les Criméens sur sa terre natale.

Roxelane s’engagea également dans un certain nombre de grands travaux, de la Mecque à Jérusalem, s’inspirant du modèle des fondations caritatives créées par Zubaida, la femme du Calife Haroun al-Rachid. Parmi ces premières fondations on trouve une mosquée, deux écoles coraniques, une fontaine et un hôpital pour femmes, à côté du marché aux esclaves d’Istanbul.

À l’âge de 54 ans, le 18 avril 1558, Roxelane fut enterrée dans un mausolée décoré en tuiles d’Iznik, décrivant le jardin du paradis, en hommage à sa nature joyeuse et souriante. Soliman, quant à lui, mourut huit ans plus tard. Ils sont tous deux enterrés dans la cour de la Mosquée Sülemaniye.

Roxelane : les intrigues du Harem pour evenir la femme de Soliman le Magnifique

L’histoire de l’empire ottoman retiendra le nom de Roxelane comme une femme rusée et de caractère, qui sut trouver sa place au sein d’un univers clos et obscur qu’est le Harem du palais de Topkapi. Mais grâce à son intelligence, à sa passion, à son goût pour l’art et la poésie, l’esclave Roxelane a su amener peu à peu le souverain Soliman à briser la loi du harem et à la choisir comme unique maîtresse. Devenue l’épouse légitime de Soliman, elle aida son fils Selim à monter sur le trône. Au siècle suivant, d’autres prisonnières du Harem exerceront à leur tour un pouvoir similaire, appelé le “sultanat des femmes”. C’est en 1909 que le Harem du Sultan ottoman, qui abritait encore près de 500 femmes, a été définitivement fermé.

Photos © Muhteşem Yüzyıl

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