SAYYIDA AL-HURRA, FEMME CORSAIRE ET REINE DE TÉTOUAN

©photo : Pattapol R. Tedngamtoun

Un jour, une femme du nom de Sayyida Al-Hurra devint reine de Tetouan. Ce fut en l’an de grâce 1541 de notre ère. Née en 1494 à Chaouen.

En 1492, lorsque les souverains catholiques Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille conquièrent l’Espagne, Sayyida Al-Hurra et sa famille fuirent l’Espagne pour s’installer au Maroc, où son père, à la tête d’une très forte communauté expatriée, fonda la ville de Chaouen dont il devint le prince, pratiquement indépendant du sultanat des Wattassides, dynastie alors régnante au maroc. Sa mère, Lalla Zahra, répondait au  nom de Caterina Fernandez avant sa conversion en Islam.

Sayyida grandit en sécurité à Chaouen, mais fut terriblement marquée par ce départ d’Espagne et du royaume de Grenade. Son père lui avait donné le prénom de Aicha Al-Hura, en référence à la reine mère du dernier roi de Grenade Boabdil El Chico. On prit l’habitude, par la suite, de la surnommer Sayyida Al-Hurra (la dame libre).

Al-Hurra était la dernière reine islamique. Elle a piraté la moitié occidentale de la Méditerranée pendant 40 ans avant d’être trahie par son beau-fils.

Très tôt, la jeune femme fit preuve d’une grande intelligence et grâce à son père, elle reçut au centre de résistance contre les portugais qui occupaient alors, les villes voisines de Ceuta, Tanger et Asilah, l’enseignement réservé aux grands savants de Tétouan,

En 1510, à l’âge de 16 ans, Sayyida Al-Hurra épousa Hassan Ben Ali Al Mandari, de trente ans son aîné. Nouveau Gouverneur de Tétouan et ami de son père, à ses côtés elle joua un grand rôle politique. A sa mort en 1537 dans une attaque navale, le frère de Sayyida, Ibrahim Ben Ali Ben Abou Rached, alors prince de Chaouen, sera intronisé par le Sultan Wattasside en tant que nouveau Gouverneur de Tétouan

Il en fut ainsi jusqu’à ce qu’Ibrahim soit appelé par le sultan wattasside pour diriger son armée à Fes. C’est ainsi qu’Ibrahim délégua à sa sœur, Sayyida Al-Hurra, âgée de 42 ans, le gouvernement de Tetouan. C’est à partir de ce moment là, qu’elle se lança dans la course et la piraterie et s’allia avec le corsaire turc Arudj Reïs Baba-Oruç connu sous le nom de Barberousse, pour mener des expéditions punitives contre les Espagnols et les Portugais.

Tandis que Barberousse parcourait l’est de la Méditerranée, la flotte de Sayyida Al-Hurra contrôlait l’ouest mais aussi la passe du détroit de Gibraltar et la mer d’Al Boran (Bahr Al Borhane), située dans le triangle délimité par Tétouan, Al Hoceima et Almeria. Leurs noms sont craints par les Espagnols et les Portugais tandis que leurs expéditions devenaient rapidement une source importante de revenus, grâce notamment aux rançons réclamées en échange de la libération de prisonniers.

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Et c’est avec Sayyida Al-Hurra que se négociait la libération des otages. Ses actions lui valurent une telle renommée au Maroc qu’en 1541, le Sultan Ahmed al-Wattassi la demanda en mariage. Elle accepta avec la condition ne célébrer cette union à Tétouan contrairement à la coutume de l’époque qui imposait de fêter le mariage à Fés. C’est ainsi que le sultan Wattasside fit le déplacement et le mariage eut bel et bien lieu à Tétouan. Il fut dit que la Gouverneure a demandé ce déplacement afin de montrer son intention de continuer à régner, malgré tout.

Avant d’être évincés par les Saâdiens, en 1554, Les Wattassides fondèrent leur dynastie qui succéda aux Mérinides dès 1472 . Comme les Mérinides, les Wattassides sont des berbères zénète. De leur forteresse de Tazouta, entre Melilla et la Moulouya, ils ont peu à peu étendu leur puissance aux dépens des Mérinides régnants. Les deux familles étant apparentées, les Mérinides ont recruté de nombreux vizirs chez les Wattassides. Ces derniers prirent peu à peu le pouvoir et le dernier sultan Mérinide le perdit définitivement en 1465.

La chute des Mérinides est suivie par une période de confusion et de troubles qui dura jusqu’en 1472, au terme de laquelle les Wattassides prirent le pouvoir. Sayyida Al-Hurra continua de vivre à Tétouan où elle gérait les relations politiques avec les portugais. Après son mariage célèbré avec faste à Tetouan, le sultan Ahmed revint à Fes, seul, laissant Sayyida Al-Hurra, gouverner en son nom, Tetouan et sa région.

Trahie par son demi-frère, Alfonso de Noronha qui s’était allié aux portugais et son beau-fils Mohamed Ben Hassan Mandari, qui prit sa place, Sayyida fut obligée de céder ses pouvoirs. Dépouillée de ses biens, de son pouvoir et de sa gloire, le sort de Sayyida Al-Hurra, la date et les circonstances de sa mort, resteront inconnus.

En 1548, les Saâdiens firent prisonnier le sultan Wattasside Ahmed (mari de Sayyida) qui fut libéré en échange de la ville de Meknès. Deux ans plus tard, les Saâdiens conquirent Fès. En 1554, un autre sultan Wattasside, appelé Abou Hassoun Ali, appuyé par les Ottomans installés à Alger, reprennent Fès. ll est finalement vaincu et tué dans le Tadla par le Saâdien Mohammed Chaykh qui récupère Fès. Les derniers Wattassides furent massacrés par des pirates alors qu’ils fuyaient le Maroc.

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