Souad Jamai, quand un médecin prend la plume

Après avoir vécu et grandi à l’étranger, Souad Jamai choisit de s’installer dans son pays d’origine pour y exercer son métier de cardiologue. Son regard bienveillant sur la société marocaine se traduit par l’écriture de son premier roman intitulé “Un toubib dans la ville“. Un livre frais, des personnages atypiques et une série d’histoires qui ne manquent pas d’humour.

Souad  Jamai, artiste, auteur et médecin

Pour annoncer la sortie de son livre, Souad Jamai a réalisé une courte vidéo avec pour acteurs, des cardiologues qui n’ont pas hésité à se prêter au jeu loufoque et imprévisible des personnages évoqués dans “toubib dans la ville“.  Médecin, écrivain, artiste et élue communale, cette jeune femme a plus d’une corde à son arc. Enti est allé à sa rencontre pour en savoir plus sur cette femme peu commune. Entretien.

Nous qui avons une vision plutôt carrée du corps médical, voilà que vous nous livrez une lecture socioculturelle du marocain qui ne manque pas d’humour. Expliquez-nous ?

En tant que cardiologue, il est nécessaire de donner une image sérieuse car comme vous dites, face à la maladie il faut être carré. Cependant, avec le temps, la façon d’exercer se fait avec plus de souplesse. L’assurance créée par l’expérience permet plus de liberté et de spontanéité dans la relation avec le patient, chose que l’on ne peut se permettre au début de son exercice. Cette spontanéité crée un climat de confiance et de bienveillance absolument bénéfique pour le dialogue patient-médecin. On peut donc exercer son métier consciencieusement sans pour autant se prendre au sérieux.

Ceci étant dit, dans l’espace privé qu’est celui du cabinet, on voit défiler une diversité de patients et de situations qui représentent forcément un microcosme de la société dans laquelle nous vivons. A travers des anecdotes, j’ai tenté de faire un melting pot plus ou moins exhaustif de notre environnement social. J’ai vécu à l’étranger depuis l’âge de six ans et suis revenue au Maroc pour ouvrir mon cabinet. Le regard externe d’une personne ayant vécu longtemps loin de son pays est probablement plus incisif et plus sensible aux différences.

Qu’est-ce qui vous a motivé pour écrire ce roman ?

Au fil des années j’avais rassemblé une série d’anecdotes, certaines m’appartenant, d’autres récoltées auprès de mes amis médecins, dans l’esprit un jour d’en faire quelque chose. Mais la façon de transmettre ce message ne m’a semblé évidente que depuis deux ou trois ans.

C’est la première fois que nous avons droit à une vidéo pour présenter un livre. L’idée est géniale et ça nous donne tout de suite envie de découvrir l’univers de votre livre. Parlez-nous de cette expérience.

Depuis toujours j’adore le théâtre, la mise en scène, les décors et surtout les costumes. Lorsque j’ai commencé à écrire, j’ai d’abord pensé à un scénario pour une pièce de théâtre que je comptais monter en amateur avec des amis médecins (prêts à jouer le jeu). Voyant que la tâche était trop ardue, j’ai préféré transformé ce projet en roman. La réalisation de ce sketch me semblait donc être la suite logique. A travers cette vidéo, j’espérais stimuler la curiosité de mes futurs lecteurs et pousser ceux qui n’aiment pas trop lire, à découvrir le plaisir de lecture. D’ailleurs, l’image, les couleurs et le jeu incroyablement naturel de mes amis cardiologues -et de moi-même- ont parfaitement restitué l’ambiance que je tentais de transmettre.

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Est-ce que les faits et les personnages de votre livre s’inspirent de situations réelles? 

Oui, la plupart des situations sont réelles, mais les personnages sont tous fictifs. J’ai créé certaines situations pour décrire ou dénoncer des comportements anormaux ou dangereux. Certains faits que je n’ai pas personnellement vécu m’ont été rapportés par des confrères ou des patients.

Quel message souhaitez-vous transmettre ?

Ils sont nombreux, le premier étant de rectifier certaines fausses croyances médicales qui sont tenaces et que j’entends encore régulièrement. Le second pour informer et vulgariser certaines pathologies. Et le troisième, et non le moins important, de pointer avec dérision et bienveillance, les anomalies et la schizophrénie de notre société car je reste convaincue que les messages passent mieux dès lors que l’on y met de l’humour.

Quel est votre combat dans la vie ?

Lutter contre les maladies cardiovasculaires. Lutter contre l’hypocrisie sociale qui veut à tout prix vous coller une étiquette et vous empêche d’être les multiples personnes que vous pourriez être.

Votre devise ?

“Fais-le ! N’attend pas que quelqu’un le fasse pour toi” A utiliser dans toutes les situations et pour tous les objectifs que vous vous fixez. C’est une formule que je répète sans cesse à mes patients pour les forcer à perdre du poids et faire du sport. Lorsqu’ils comprennent que faire un régime ou courir ne peuvent pas être délégué,  j’arrive à les convaincre.

 Comment voyez-vous l’avenir du livre au Maroc ?

Moins sombre que semblent le penser les libraires et les éditeurs, peut-être parce que je suis d’un naturel optimiste… Il faudrait juste être plus créatif dans la façon d’inciter les enfants à lire. L’envie de lire s’apprend très jeune. Il faut stimuler l’envie par le jeu, les défis, le théâtre, la curiosité, tout ce à quoi les enfants sont réceptifs. Ne surtout pas associer la lecture au travail, aux mauvaises notes, mais l’associer à des éléments positifs et valorisants. Cette année le Maroc est l’invité d’honneur du salon du livre de Paris, cela doit contribuer à un meilleur avenir pour le livre marocain francophone. J’espère que les éditeurs en profiteront pour faire connaître les auteurs marocains au public français.

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Avez-vous un projet dans ce sens ?

Je suis élue à la ville de Rabat et je fais partie du conseil d’administration d’un lycée publique. Nous avons constitué un groupe de huit personnes, toutes bénévoles, pour encourager et créer l’envie de lire à des jeunes, âgés entre 15 et 18 ans. En parallèle, avec les enseignants nous allons stimuler de façon originale la lecture. Nous commençons dans quelques semaines et je vous dirai dans quelques mois si l’expérience a été fructueuse.

“Un toubib dans la ville“ est disponible dans les librairies. Prix de vente 90dirhams. Publié par les Editions Afrique-Orient.

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