YAZID, HISTOIRE DU TERRIBLE CALIFE OMEYYADE QUI A DIVISÉ LES MUSULMANS

Cela se passait en l’an de grâce 680 de notre ère, peu après la succession au trône du jeune Yazid Ibn Mouâwiya. Histoire du Calife omeyyade qui a divisé les musulmans... à ce jour.

Cela se passait en l’an de grâce 680 de notre ère, peu après la succession au trône du jeune Yazid Ibn Mouâwiya. Histoire du Calife omeyyade qui a divisé les musulmans… à ce jour.

Mouâwiya Ibn Abi Sofyane connut un règne tumultueux. Ce cinquième calife avait contesté à Ali Bnou Abi Talib, gendre du prophète et 4eme Calife, son magistère. Ceci entraîna une guerre civile dont la première fit opposer les partisans des deux factions.

Aucune description de photo disponible.

Ne voulant plus voir le sang des musulman couler, Ali proposa à Mouâwiya un arbitrage, croyant qu’il lui serait favorable. Cet arbitrage alambiqué aboutit au choix de Mouâwiya. La conséquence en fut une une division encore plus grande de la communauté musulmane qui vit l’apparition des kharrijides, une secte composée des partisans de Ali, qui rejetaient définitivement cet arbitrage. Les attentats allaient se multiplier et Ali y perdra la vie tandis que Mouâwiya y échappera par miracle. Après la mort de Ali, le peuple prêta serment d’allégeance à Hassan, son fils, comme nouveau calife.

Fort d’une armée de 40.000 hommes, Hassan quitta Koufa, capitale des Alides, et se rendit à Madayn (Ctésiphon) maisne cherchant pas de conflits, il négocia avec Mouâwiya puis renonça au califat en faveur pour que la guerre cesse entre musulmans. Hassan se retira ensuite à Médine, où il vécut jusqu’à sa mort en 670.

Aucune description de photo disponible.

Tabari raconte que Hasan mourut empoisonné par l’une de ses femmes (Asmâ) sous les directives de Mouâwiya. Ce dernier lui aurait promis, en échange, de la marier à son fils Yazīd.

C’est ainsi que la saison des meurtres et poisons allaient commencer pour ne plus se terminer avant longtemps… très très longtemps.

La suite du règne de Mouâwiya Ier, titre qu’il s’appropria, est marquée par une stabilité politique et une rapide expansion territoriale (conquête de la Crète, d’une partie de l’Afrique du Nord, où est fondée la ville de Kairouan, de l’Asie centrale avec Kaboul, Boukhara et Samarcande). En effet, Mouâwiya avait eu recours aux chrétiens pour l’administration de son empire, notamment à Damas où il frappa la première monnaie en terre d’Islam, et put fédérer, pendant un moment, la communauté des croyants. Craignant pour sa succession, Mouâwiya décida vers la fin de sa vie, en 679, d’introniser son fils Yazid au titre, nouvellement créé de prince héritier. Il contrevenait ainsi au principe de la Choura qui voulait que l’héritier du Calife devait être désigné par l’ensemble de la communauté, en fonction de ses aptitudes et autres critères.

Yazid prend le pouvoir

Tout de suite, le jeune calife fut contesté par d’autres fils à papa dont Hussayn fils du calife Ali, Abd ar-Rahman fils du calife Abou Bakr, Abdallah fils du Calife Omar Ibn khattab et Abdallah fils de Zoubaïr et d’Asmaa, fille du calife Abou Bakr, une histoire de privilégiés quoi…

Tous, avaient la primauté de la naissance, tous étaient de véritables érudits et leur conduite en société était irréprochable. Et Abdallah, fils d’Omar Ibn Khattab de dire : « Devons-nous prêter allégeance à quelqu’un qui joue avec les singes et les chiens, qui boit du vin et qui fait la perversité en publique ? Que répondrons-nous à Allah dans l’au-delà ? ». Vu sous cet angle, cette allégeance posait problème à beaucoup de compagnons du prophète qui la refusèrent, d’autant qu’elle allait, rapelons-le, à l’encontre du principe de Choura.

L’image contient peut-être : 4 personnes, personnes souriantes

La Deuxième Fitna éclate.

Rejoint par Houssaïn et les siens, Abdallah Ibn Zoubair alla se retrancher à la Mecque avec ses partisans. Quant à Yazid, il désigna son lieutenant, Obeïd Allah fils de Ziyâd gouverneur de Koufa en Iraq. Les habitants de Koufa, ayant eu vent du refus de Houssaïn à prêter allégeance, lui envoyèrent plusieurs émissaires pour le convaincre de les rejoindre. Enthousiaste à l’idée de savoir qu’il avait des partisans à Koufa, Houssaïn décida de s’y rendre en compagnie de ses hommes et de sa famille. Abdallah Ibn Zoubair essaya en vain, de l’en dissuader, affirmant qu’ils disposaient de beaucoup plus de force à la Mecque pour combattre l’armée de Yazid. Mais rien n’y fit. Houssaïn prit le chemin pour Koufa où il avait envoyé en éclaireur, son cousin Mouslim Ibn Aqil Ibn Abi Talib, afin d’apporter la bonne nouvelle de sa venue. A peine arrivé que la nouvelle était parvenue au lieutenant de Yazid, Obeïd Allah Ibn Ziyâd.

Mouslim s’était réfugié dans la maison de Hani, fils d’Ourwa, un des plus nobles Koûfiens. Obeïd Allah le convoqua et lui ordonna de livrer son hôte. En refusant, Obeïd Allah le frappa au visage, le défigura puis fit ramener Mouslim auquel on trancha la tête sur la plateforme du château. Hani subit le même sort sur la place du Marché. C’est d’ailleurs à ce sujet que le célèbre poète Farazdaq a écrit : « Si tu es une femme qui « ignore ce qu’est la mort, regarde Hani au milieu du marché, regarde le fils d’Aqîl ! ».

Dans l’ignorance de ce qui était arrivé à Mouslim, Houssaïn quitta La Mecque en direction de Koûfa et ce n’est qu’auxenvirons de la ville qu’il fut mis au courant par des hommes qui le mirent en garde. Il ne rebroussa pas chemin pour autant et persista dans sa résolution. Obeïd Allah Ibn Ziad se mit en mouvement contre lui avec une armée commandée par Omar Ibn Saad Ibn Abi Waqqâs, autre compagnon du prophète.

Aucune description de photo disponible.

L’armée conduite par Obeid Allah rencontra le groupe mené par Houssaïn à Kerbala. Celle-ci exigea que Houssaïn prête serment d’allégeance à Yazid. Bien entendu, ils refusèrent la requête. L’armée de Yazid coupe alors l’accès à l’eau aux partisans et à la famille de Houssaïn. Pendant cette journée, Houssaïn prépare ses armes pour le combat. Il est accompagné de 72 partisans et membres de sa famille. Le premier tué fut Qâsim, âgé de dix ans, fils de Hasan. Il fut coupé en deux d’un coup de sabre.

Le cheval de Houssaïn tomba touché par une flèche. Houssaïn s’assit par terre mais les soldats ennemis n’osèrent pas le tuer, ne voulant pas être responsable de la mort du petit-fils du Prophète. Ali Asghar, un des fils de Houssaïn, âgé de 6 mois, pleurait. Houssaïn le prit dans ses bras, mais une flèche atteignit l’enfant et celui-ci fut tué sur le coup. Houssaïn subit la plus horrible des morts : sept hommes se jetèrent alors sur lui. L’un d’entre eux le transperça de sa lance dans le dos. Un autre le décapita lorsqu’il fut à terre. Les autres lui enlevèrent ses vêtements et ses armes. On pilla sa tente, on déchira les vêtements des femmes, mais on fit grâce à Alî Zayn al-Abidin, son fils, qui était resté dans la tente parce qu’il était malade. On dépouilla le camp, on fit prisonniers les hommes de son armée et ses enfants. On apporta ensuite les femmes et la tête de Houssaïn à Yazid, à Damas.

Lire Aussi  En vidéo, une petite américaine entend pour la première fois, l'appel à la prière

Lorsqu’on apporta la tête décapitée de l’imam Houssaïn au calife Yazid Ier, celui-ci fut effrayé. Il frappa de sa baguette la bouche de Houssaïn et dit : « Nous nous serions contentés de la soumission des habitants de l’Irak sans ce meurtre ». Un spectateur présent lui dit : « Écarte cette baguette de cette bouche que le Prophète a maintes fois embrassé. »

Le martyre de Houssaïn fut sans aucun doute le plus douloureux de l’histoire et celui qui causa le plus de dégâts dans la communauté des musulmans à travers les âges, jusqu’à nos jours. Il avait écrit à son demi-frère, Mohammed Ibn Hanfiya, peu avant de partir à Koufa, une lettre demeurée célèbre ou il décrivait le sens de son combat : « Je ne me suis pas soulevé de gaieté de cœur, ni pour une quelconque insatisfaction personnelle, ni par subversion ni injustement. Je me suis soulevé pour réformer la Umma de mon grand-père, le Messager de Dieu, pour commander le bien et interdire le mal, et pour suivre les traces de mon grand-père et de mon père … ».

Aucune description de photo disponible.

Après le meurtre de Houssaïn, Yazid resta un temps sans contestataire et put conduire sa vie de Calife de débauche et de fornication qui marquèrent son court règne (trois ans). Yazid aimait les vices mondains, buvait, écoutait de la musique et aimait la compagnie des garçons pubère. Chaque matin, il était saoul et il attachait des singes à une selle de cheval qu’il faisait ensuite courrir.

La rencontre d’al-Harra.

Le deuxième épisode de son règne fut sa lutte avec les habitants de la ville du Prophète (Médine) ; c’est la rencontre d’al-Harra. Le point de départ de ces événements fut le refus des gens de Médine de reconnaître Yazid. Ils le déposèrent, assiégèrent et terrifièrent les Omeyyades qui s’y trouvaient. Lorsqu’à l’arrivée du messager, Yazid apprit la conduite des Médinois, il leur appliqua le vers suivant :
« Ils ont altéré la longanimité qui était dans mon caractère, et j’ai alors remplacé ma douceur envers mon peuple par les mauvais procédés. »
Toutefois ces chefs de guerre se débinèrent les uns après les autres ne voulant pas conduire les troupes pour mater la rébellion qui couvait à Médine, ville du prophète Mohammad. Ce fut d’abord Amr Ibn de Said qui ne voulut pas jouer un rôle dans cette affaire, et fit dire à Yazid : « J’ai mis de l’ordre pour toi dans les affaires et les contrées, mais maintenant qu’il s’agit de répandre sur la terre le sang des Qoraichites, je ne voudrais pas d’un tel commandement. » Le choix de Yazid se porta alors sur Obeïd Allah, ibn Ziyâd, qui s’excusa et dit : « Non, par Allah ! je ne commettrai point ces deux crimes dans l’intérêt de cet impie : tuer le petit-fils du Prophète et faire incursion tant dans la ville du Prophète que dans la Ka’abah. » Alors Yazid mit en campagne vers Médine Mouslim ibn Oqba le Mourrite. C’était un Cheïkh avancé en âge, malade, mais l’un des oppresseurs et des démons parmi les Arabes. On prétend que Mouâwiya avait dit à son fils Yazid : « Si les habitants de Médine se révoltent contre toi, oppose-leur Mouslim Ibn Oqba. » Mouslim, bien que malade, se dirigea vers Médine et l’assiégea du côté d’al-Harra, un endroit situé en dehors de son enceinte. On plaça pour Mouslim, un siège entre les deux armées ; il s’y assit, excitant ses compagnons au combat, jusqu’à ce qu’il se fût emparé de Médine et qu’il eût tué dans cette bataille un grand nombre des notables de cette ville. Mouslim le mal nommé, livra la ville du prophète au pillage pendant trois jours entiers. La mosquée de Médine, l’un des endroits les plus sacrés de l’islam fut transformé en étable pour chevaux. Il autorisa le viol de toutes femmes de la ville sainte. On raconte qu’à la suite de cela, aucun habitant de Médine, en mariant sa fille, n’osait garantir qu’elle fût vierge : « Peut-être, disait-il, a-t-elle été déflorée durant la guerre d’al-Harra. »

Aucune description de photo disponible.

Puis, le troisième acte de Yazid fut son expédition contre la Kaabah. Il ordonna à Mouslim Ibn Oqba, de s’y rendre et d’y faire une expédition. Mouslim s’y dirigea. Or, Abd-Allah Ibn de Zoubair, s’y trouvait : il avait revendiqué pour lui-même le Califat et le peuple de La Mecque l’avait suivi. Mouslim mourut en route après avoir désigné comme son successeur à la tête de son armée, un homme que d’avance Yazid avait désigné. Le nouveau chef conduisit l’armée jusqu’à La Mecque, qu’il assiégea. Ibn Zoubair sortit à sa rencontre. Le combat fut inégal et Ibn Zoubair et ses compagnons se réfugièrent dans le Haram de la Kaaba. Celle-ci sera incendiée par les attaquants, la pierre noire éclatât sous l’effet de la chaleur. La Kaaba sera entièrement détruite suite à cet incendie. Elle sera reconstruite par la suite par Abdallah Ibn Zoubair. Pendant le siège de la Mecque, Yazid trouva la mort…

Yazid avait gouverné trois ans et huit mois et mourut au 14 Rabî’ al-Awwal, 64 H (683) à l’âge de 38 ans. Concernant la raison de sa mort, il est dit que ivre, Yazid monta son cheval et poursuivit son singe. Soudain, il tomba par terre et son cou fut brisé… Il fut enterré à Damas. On raconte que lorsque les Abbassides atteignirent le pouvoir, ils ouvrirent la tombe de Yazid, mais n’y trouvèrent que de la cendre.

Yazid restera dans l’histoire de l’islam comme celui qui contribua à la discorde définitive au sein de la communauté des croyants. Plus rien ne sera comme avant, le dissensions allaient en s’accentuant entre factions rivales. Et cette division fera des ravages à travers le temps. Les dynasties se succédèrent les unes aux autres, se réclamant du message du prophète, mais toujours la main sur le fourreau, prêtes à occire toute contestation qui aurait la velléité de prendre le pouvoir.

Les Abbassides, se prévalant d’Abbas, oncle du prophète, succèderont moins d’un siècle plus tard aux Omeyyades, en usant des mêmes procédés sanguinaires. Un émir Omeyyade, Abderrahmane, unique survivant de la dynastie Omeyyades d’orient, réussira à fuite au Maghreb dans la tribu de sa mère, Amazigh, et réussit à fonder l’émirat Omeyyade d’Al Andalus… mais ceci est une autre Histoire.

Sources : 
– Histoire des dynasties musulmanes. Ibn Tiqtaqâ.
– Chroniques de Tabari.
– Al-Kamil fi Tarikh. Ibn Al Athir.
– Kitab Al Ibar, Ibn Khaldoun.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *